De Litteris

1-12-2012

La Flûte de Jade (opus I&II)

Franz Toussaint - Editions Pré # Carré

Une petite anthologie de poètes chinois adaptés en prose, publiée en 1920, à nouveau publiée, aujourd’hui, par extraits, sous de somptueuses couvertures orientalisantes : tel est le projet porté par ces deux belles plaquettes.

On peut y lire une invitation à la rêverie comme à la découverte d’un art de vivre et d’écrire. Eclats de quotidien comme autant de respirs de poésie (« ces belles étoiles, là-haut, doivent être les écailles de notre poisson »), petites méditations (« la mort fait de l’homme une motte de terre sur laquelle pousse de l’herbe. Et je sais pourquoi notre respiration n’est qu’un perpétuel soupir »), esquisses de silhouettes (chat, héron, corbeaux, cueilleuses de nénuphars, poètes, sages, danseuses ivres, docteurs de la joie tranquille..), passage tranquille des saisons (« les craquements des bambous m’apprennent qu’il neige »), sensualité suggestive (« au travers du papier de la fenêtre, l’ombre d’une feuille d’oranger vient se poser sur ses genoux. Elle ferme les yeux. Elle croit qu’une main déchire sa robe »)…

La deuxième plaquette laisse plus de place au lyrisme du « je », poète flûtiste charmant les montagnes de son chant pur, contant ses désillusions amoureuses (« tu as laissé tomber dans la poussière la tulipe rouge que je t’avais donnée. Je l’ai ramassée. Elle était devenue blanche. En ce bref instant, il avait neigé sur notre amour »), ses contemplations (« enfant, excuse-moi de ne pas t’avoir répondu ! J’écoutais le murmure d’un ruisseau qui m’a connu aussi petit que toi.»), ses lunes vineuses, ses rêves méditatifs et sa conscience du temps qui passe (« Mais debout, lâche voyageur ! Le printemps revient pour toi, les roses vont s’épanouir pour toi, et tu voudrais mourir ? Sors, dans la plus suave nuit de l’année… Il pleut des fleurs de prunier qui assècheront tes larmes d’enfant.»).

Ce bel ensemble est porté par une traduction toute de musique élégante et juste, dont on s’étonne peu qu’elle ait pu inspirer Malher. Chaque fragment contient un thème, un rythme, un élancement qui lui est propre, et que l’on se prend à tenter de fredonner, voix comme flûte frêle, pour en faire jaillir, sonore, la beauté, fond et forme confondus.

Saluons le beau travail de rassemblement et de sélection de Jean-François Perrin, et celui de mise en valeur du texte par Hervé Bougel : ils nous offrent, sous superbes écrins, une bien belle envolée-introduction à la poésie chinoise.

Vous pouvez les commander ici.

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