De Litteris

19-5-2011

Nouvelles vénitiennes

Dominique Paravel - Editions Serge Safran - France

Nouvelles vénitiennes est le premier livre du label créé par le cofondateur des éditions Zulma. Il se distingue de cette maison, célèbre pour ses couvertures aux graphismes originaux, par la sobriété, piquetée de blanc, de ses couvertures.  Un papier neige, une simple coulée d’épices en guise de logo, un début d’élégance.

C’est un bien joli livre qui lance le bal des publications. On y (re)découvre Venise à travers sept portraits, sept âges de la ville. Nicolò, le joueur de dés, Andrea del Verrochio le sculpteur, maître Lotto le peintre, Veronica, la divine courtisane, Elena, la frêle savante, Paulina, la farouche chanteuse, et Julien le photographe : tous arpentent la ville et gravitent autour de la place St Marc, point nodal du rêve vénitien.  Nicolò lui offrira ses colonnes, Verrochio une statue, Lotto y peindra un rêve, Veronica y sera célébrée, humiliée puis pardonnée, Elena honorée, Paulina aimée et Julien y expérimentera le déboussolement de celui qui ne parvient pas à embrasser Venise.

Venise les relie, corps et art, à travers les différents chapitres de sa riche histoire : un Moyen-Age marqué par le développement architectural de la ville, les différentes étapes de l’âge d’or de la création et du savoir vénitiens, les guerres napoléoniennes, qui marquent la fin de sa suprématie, et le présent au tourisme échevelé.

Les textes fonctionnent un peu comme un kaléidoscope : leurs éclats difractent la lumière pour mieux nous conduire vers une impression de la ville, perçue comme une certaine expérience de la grâce, spirituelle comme sensuelle. Les deux personnages qui encadrent le recueil s’en sentent rejetés : Venise est trop extrême pour celui qui ne vit que pour le hasard et veut consommer la beauté, plutôt que la laisser l’imprégner, et pour celui qui n’accepte pas de se laisser aller et veut en forcer l’âme à grands coups de clichés. Quant aux autres, ils s’y initient, dans un grand jeu de tension entre corps et âme, qui reflète parfaitement ce qu’est la Sérénissime : une chair splendide, offerte en pâture au regard, dont l’âme inaccessible n’a cessé d’inspirer et de fasciner les artistes à travers le temps. Une succession d’arcades aux arcanes attirantes, constellées de destins que la lagune brasse et intègre aux antiques pierres.

Henri de Régnier, fin connaisseur de la ville, soulignait combien il était risqué d’écrire sur Venise, sur laquelle tant d’ouvrages ont déjà été publiés, couvrant les différentes facettes de l’histoire humaine et toutes les expressions possibles de la littérature. Dominique Paravel semble avoir trouvé, dans ces micro-fictions de la ville et de ceux qui en ont forgé la grâce, une autre façon de célébrer Venise. Sa plume, en hésitant entre classicisme et sensualité, capture elle aussi, dans ce tiraillement, un peu de l’essence de la ville. En faisant douter le lecteur de la réalité de ses personnages (et pourtant tous, si ce n’est le dernier, font partie de l’histoire de Venise), elle apporte sa part personnelle de patine à une ville qui, depuis sa création, oscille entre réel et imaginaire.

Une jolie réussite littéraire, à offrir aux amoureux de Venise.

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