De Litteris

20-9-2015

La Cachotterie

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Tout commence par une entrée dérobée, dans une petite rue tranquille, qui révèle, dans son écrin de verdure, un bel atelier-galerie. A l’entrée, le chapeau de l’artiste nous salue malicieusement, perché sur une toile maculée de taches colorées, et nous accueille dans la Cachotterie.

Qu’est-ce que la Cachotterie ? Une plongée dans l’univers de Frédéric Clément et de ses invités, une galerie d’arts minuscules à l’éclat majuscule. Les délicieux tiraillements entre l’infiniment petit et l’imposante évidente de la beauté sont d’ailleurs au cœur de cette première exposition…

L’invité du moment est Vincent Tessier, dont les photographies offrent, sur grand format, une exploration de petits sujets délicieusement agrandis : geckos, figurines, oisillons, insectes, veinures de plantes s’étalent et révèlent leurs mystères. Le grain des photos et le choix du noir & blanc transforment parfois les œuvres en calligraphies chinoises ou en tests de Rorschach fascinants. On ne sait plus bien si le malheureux lézard n’est qu’éclaboussure d’encre ou nature morte minutieusement mise en valeur. D’autres clichés rappellent la complicité l’unissant à Frédéric Clément : backstage de prises de vues pour les albums de l’enchanteur désenchanté, instantanés de la salle des Machines & des Machins…

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Une belle exposition qui fait écho au travail du maître de maison, qui nous offre une belle plongée dans son univers : trésors échappés du Magasin Zinzin, qui offrent, dans leurs délicieuses boîtes scénographiées par Philippe Davaine, des curiosités échappées de contes de fées (caillou du petit Poucet, éclats du soulier de Cendrillon, ciel de la reine de Saba, écharde en bois de quenouille…). Lettres d’amour encore frissonnantes de s’être envolées hors du Galant de Paris, dont l’encre rouge macule éventail et feuilles. Tableaux où le Renard du Petit Prince, les escargots-villes, les pianos-sauvages, les fleurs de girafe, les robes-manèges et les pousses de citrouille-carrosse offrent au regard leurs traits délicats, leurs courbes élégantes et leurs couleurs évanescentes. Délicats extraits de son album Métamorphoses (à paraître en octobre) qui proposent de belles séquences où les oisillons émergent duveteux de leur œuf-écrin, les chrysalides recèlent des promesses d’ailes enchanteresses, les fonds des étangs espèrent le vert tendre des reinettes ou le vermillon des poissons.

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Sous l’œil vigilant du lapin blanc, le visiteur est amené à se pencher sur des boîtes de fééries où ont été précieusement recueillies de délicates merveilles : élytres poudrées, pattes ciselées, scarabées aux carapaces reflétant la lumière, plumes infimes, coléoptères reliés de fil rouge, pétales séchés, brins de nature soigneusement conservés, mouches au bleuté incroyable, coccinelles pointilleuses, flacons pleins de sucs d’antan, pigments, graines d’érable… Frédéric Clément a glané, au fil des promenades et des brocantes, de quoi constituer de petits cabinets de curiosités où naturalia, exotica et artificalia se marient à loisir.

Levant la tête, le spectateur peut également observer, sur une série de cubes blancs que l’on devine à peine sur les murs frais de la galerie, de petits objets qu’il retrouvera glissés dans les pages de Ça, le dernier opus malicieux de Frédéric Clément, ou qu’il a pu croiser dans maints autres albums : œil de poupée clignant malicieusement, jouets surannés, coquillages d’où émergent de délicates figurines de damoiselle élégante, cailloux aux couleurs fanées, boutons, abeille éteinte, perles précieuses, éclats de verre, plumes de geai des contes, coquilles d’œuf à ange du Paradisier, alkékenge évadé du Botanique Circus… Là encore, mille trésors invitent le visiteur à réapprendre à voir, dans le moindre objet, une promesse d’histoire et d’évasion.

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Sous cette collection de trouvailles, de merveilleux cadres invitent à la contemplation : conçus comme des kamishibai ou des théâtres de papier vénitiens, ils jouent sur l’impression de profondeur et de relief, mêlent de superbes illustrations à des matériaux qui les prolongent et les décuplent, et proposent plusieurs niveaux de lecture. Sur des feuilles déchirées, le visage d’une geisha émerge, auquel répondent en écho des silhouettes peintes à même le verre du cadre. Ici, dans un nid, des perles collectées par une hirondelle en robe d’été,  à la précision toute réaliste ; là, des nuques élégantes disparaissent sous des entrelacs de fils et de tissus. Ailleurs, une statuette de dieu aztèque est reconstituée à partir d’un coquillage et sera couronnée de plumes et d’élytres, sur fond de fantaisies peintes… ou une nacre sur laquelle on laisse deviner un visage mutin, une chevelure sirène. Et le spectateur de se pencher et d’examiner, à la loupe, parfois, cette collection de beautés évanescentes, et de prolonger la joie des albums par une plongée tri-dimensionnelle dans de galantes et subtiles harmonies.

On repart, après silencieusement remercié les outils qui, parsemés de ci de là (pinceaux habiles, bleu de méthylène, boîte à couleurs, crayons rétrécis), rappellent que toutes ces échappées belles ont été construites (je devrais dire : révélées) patiemment et minutieusement par un miniaturiste aux doigts magiques. On rentre chez soi, serrant contre son cœur deux nouveaux livres, conscient d’avoir eu la chance de réapprendre à voir autrement et qu’à travers l’expérience, cent fois renouvelée, d’un regard qui se trompe puis réapprend à deviner les détails, la finesse d’un trait, le modelé d’une texture… on a plongé dans un royaume d’enchantements persistants.

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Longue vie à la Cachotterie ! N’hésitez pas à venir la découvrir, au 24 rue de Dr Hénouille à Arcueil-Cachan : sur simple coup de fil, Frédéric Clément vous ouvrira les portes de ce lieu unique & merveilleux !

Plus d’informations sur le site, le blog et la page facebook de la Cachotterie. Les photos de cet article ont été empruntées à ces sites.

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4 commentaires

  1. frédéric Clément a écrit le 21-9-2015 à 14 h 45 min :

    … que j’aime toujours votre regard aiguisé, sensible et chaleureux, chère J De Litteris …
    Merci
    frédériC (de La Cachotterie )

  2. Nicole Giroud a écrit le 7-10-2015 à 8 h 14 min :

    Quel bonheur que cette déambulation du regard, comme une caresse ou un sentiment oublié, un retour d’enfance dans la magie de ces objets minuscules.

  3. Julie Proust Tanguy a écrit le 7-10-2015 à 12 h 15 min :

    Merci pour ces gentils mots passagers…

  4. Isa B. a écrit le 6-7-2016 à 11 h 25 min :

    Bonjour! Un mot en passant pour glisser que votre plume, vos choix de lectures et vos bifurcations m’enchantent… Magnifique blog! xx
    (Et je partage particulièrement votre admiration pour Mr Clément!)

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