De Litteris

23-9-2012

Les « autres » éditeurs

De Litteris s’est originellement fondé sur l’envie de partager mon parcours de lectrice et de parler, avant tout, de livres peut-être hors des sentiers déjà largement rebattus – même si je les croise parfois, au gré des envies ou de ma fidélité à certains auteurs.

Je me suis particulièrement attachée à défendre de « petits » éditeurs ; je préfèrerais parler des « autres » éditeurs, ceux qui ne sont pas forcément présents sur les tables parfois consensuelles des libraires, et qui n’ont rien de petits, tant ils effectuent, à mes yeux, un véritable travail de découverte et de soutien à la jeune création que les « grands » ne font quasiment plus – je pense notamment au travail de la collection poésie nrf, qui rassemble, sans prendre trop de risques, les principaux recueils d’auteurs dont de petites maisons d’édition –Fata Morgana, Lettres Vives et tant d’autres- ont assuré la défense et l’illustration, dans un colossal travail en amont dont Gallimard n’a pas fait/payé les frais… Travail de collection important et essentiel, certes, mais qui contribue à ancrer Gallimard comme référence absolue dans l’imaginaire des lecteurs, au détriment d’éditeurs bien plus courageux.

Paupières de Terre, Les Doigts dans la Prose, Le Vampire Actif, Le Sonneur, L’Escampette, MLD, Tarabuste, Inculte, Argol, Attila, Folle Avoine, Pierre Mainard, Le temps qu’il fait, Cadex, Quidam, tant et tant d’autres que j’oublie de citer et tant d’autres qu’il me reste à découvrir… Je leur dois, ces dernières années, bien plus qu’aux « grands » (José Corti et Verdier mis à part) mes plus belles révélations littéraires, et me réjouis de voir combien certains (Gallmeister, par exemple, à la réussite fulgurante et méritée) réussissent à percer l’écran total Galligrasseuil pour devenir des références pour le grand public. « Petit » éditeur deviendra gros/grand… ?

Quid des autres, qui n’ont pas encore atteint les projecteurs des tirages à 5 000 exemplaires et plus ? Sans rentrer dans une caricature grand éditeur = méchant et inintéressant éditeur, je m’interroge sur le sort de ces éditeurs qui se font les vifs passeurs d’une littérature vivante, vibrante – je n’ose dire exigeante, de peur d’en faire fuir certains : et pourtant… la littérature qui m’importe est celle qui exige, au sens étymologique, qui me pousse hors de mes repères confortables-, ces éditeurs qui, à travers leurs publications, défendent l’idée du lire –plus importante, à mes yeux, que celle du livre et de son éventuel format, même si je demeure une grande amoureuse du papier -, ces éditeurs dont je souhaiterais la pleine mise en avant… Que faire pour leur offrir plus de cette visibilité qu’une petite (terme douloureux, à nouveau) mais puissante frange du monde littéraire leur refuse bien souvent ? En dehors de quelques uns (Pierre Jourde au Nouvel Observateur, notamment) qui les portera à la connaissance du grand public ?

Les –excellentes- éditions La Fabrique ont publié, courant 2008, un ouvrage collectif, Le livre : que faire ?, dans lequel on peut voir une stimulante boîte à outils qui, si elle me semble oublier le rôle du professeur, essentiel jalon pour la transmission d’un amour de la littérature (lire en cela l’ouvrage de Jean-Marie Schaeffer, dont je vous parlais il y a quelques mois), propose de nombreuses pistes de réflexion sur l’aide à apporter au livre (et à l’auteur, à l’éditeur, au libraire, au bibliothécaire) indépendant et singulier. J’encourage quiconque s’intéresse quelque peu au devenir du monde littéraire à se procurer ce petit manuel d’ « optimisme de la volonté ».

Mais nous, lecteurs, au-delà de l’achat compulsif mais éclairé chez ces fournisseurs en élévation, que pouvons-nous faire pour remercier ceux qui nourrissent nos enthousiasmes et décuplent notre univers littéraire ?

Il me semble qu’il appartient à la blogosphère de créer cet appel d’air qui manque si souvent et si cruellement dans les sélections des grands quotidiens. Des plateformes (Lekti, Atheles…), des associations et salons (L’Autre Livre…) et des blogs de qualité (La marche aux pages, De seuil en seuil, La taverne du Doge Loredan, Le vampire réactif, Les ruines circulaires, L’anagnoste, Terres de femme…) ont suscité en moi l’envie d’ajouter une voix de plus à ce concert de résistance littéraire (expression grandiloquente, certes, mais qui ne me semble pas totalement dénuée de justesse en ces heures de rentrée littéraire où l’on vomit du Angot et d’autres pseudo-scandales littéraires à visée marketing).

J’aimerais pousser un petit peu plus loin mon filet de voix, en vous proposant, une semaine par mois, de partir à la découverte d’un petit éditeur en visitant certains extraits de son catalogue.

Je continuerai, bien entendu, hors de ce rendez-vous mensuel, à vous proposer des incursions chez d’autres éditeurs.

La dernière semaine du mois n’en élira plus qu’un et tentera, à travers diverses critiques, de vous proposer un aperçu, une impression de son projet éditorial. Si les « autres » éditeurs souffrent d’un manque de visibilité en raison d’un manque de critiques littéraires, j’espère, à ma modeste mesure, leur permettre de gagner, à travers des mots enthousiastes, davantage de lecteurs.

Ce mois de septembre 2012 sera donc l’occasion de soumettre à votre sagacité quelques publications des éditions L’Escampette, qui, depuis 1992, défendent, avec une foi inébranlable, la littérature et la poésie contemporaines.

 Photo : badge du salon L’Autre Livre

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