De Litteris

22-4-2017

Les tics d’écriture

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Lors des deux dernières coulisses, je vous ai expliqué quel type d’écriture j’essayais de développer dans mes essais et mon indulgence pour les notes de bas de page.

Aujourd’hui, j’aimerais revenir sur une autre phase importante de l’écriture : la lutte contre les facilités d’écriture, plus communément appelée la Grande Guerre des Tics. Il ne s’agit pas simplement de corriger ses fautes, saborder les répétitions, reprendre une phrase mal construite ou éclaircir une explication confuse – étapes obligatoires et essentielles même si, à mon grand regret, il reste parfois quelques coquilles.

C’est plutôt le moment où je lâche la bride à mes désirs perfectionnistes pour traquer impitoyablement mes pires défauts de scribouillarde; les ressorts stylistiques auxquels je recours trop souvent ou les mots-péchés-mignons que j’emploie trop.

Ah ! Je pourrais faire une ode au “donc” que j’utilise souvent dans mes explications : ce son, quasi-unique dans notre langue, m’amuse beaucoup, me rappelle mon latin chéri, et symbolise à merveille mon amour pour les systèmes bien construits. Est-il pourtant utile de l’utiliser à bout de champ pour essayer de faire comprendre au lecteur que “regaaarde c’est trop génial telle idée se déplie comme ça et donne naissance à telle autre et waaaaah révélation culturelle, moi ça m’a enthousiasmée quand j’ai compris ce fonctionnement et toi ?” ?

Je m’interrogerai, un jour, sur mon utilisation récurrente du futur, temps proscrit par les historiens et la plupart des chercheurs car intellectuellement fallacieux, mais qui, pourtant, ressurgit régulièrement sous ma plume. Ce n’est pas, pour le coup, j’en suis sûre, une histoire de son – je n’ai pas d’affection particulière pour la rocaille de ses terminaisons ; peut-être une envie de projeter mon explication ou de lui donner un caractère définitif, quand je brasse des faits passés.

Je sais d’où vient ma propension à commencer mes phrases par une formule de type “terme important + c’est + définition/éclairage “. Cette tournure orale affectionnée en cours est pourtant bien utile pour pointer du doigt des points de raisonnement à mes élèves ou mettre un peu d’emphase dans une démonstration. Et quoique j’aime à rendre plus vivante et ludique l’écriture d’essai, j’aimerais moins recourir à cette facilité orale, lui trouver un équivalent plus élégant.

Quant aux phrases trop longues, je les considère comme un héritage familial, même si je me bats, malgré tout, pour essayer de ne pas vous perdre dans des envolées de quinze lignes où je m’amuse à glisser, parfois, des morceaux du rythme de la chanson que j’écoute en les écrivant. Ca n’amuserait que moi – et l’abus de points-virgules au sein d’une même phrase nuit à la grammaire, hélas.

Quoi d’autre ? Ah, un amour certain pour les adjectifs, pour créer des reliefs (mais parfois trop, bon sang !), une crainte d’utiliser trop d’adverbes, une certaine détermination à renoncer au rythme ternaire bien ronflant… et l’envie, sans cesse, de ne pas faire que stimuler l’imaginaire visuel du lecteur : un bon romancier sait pour moi faire travailler les cinq sens de son lecteur, un essayiste devrait pouvoir faire de même, s’il veut montrer que la connaissance est vivante, et pas chose morte dont on se contente de démonter le squelette – mais ce n’est pas toujours évident, de prolonger l’expérience sensuelle de celui qui cherche tant à comprendre qu’à se divertir.

Bref : écrire, c’est aussi bien se connaître, finalement, et jongler entre l’envie de créer une voix personnelle et de ne pas la laisser trop déborder, pour laisser le lecteur respirer et investir lui-même le texte de son souffle.

(Mon autre grand péché mignon, c’est conclure un paragraphe avec des envolées lyriques ou des blagues malicieuses ; mais celui-ci, je les aime d’amour pur DONC je m’y abandonnerai toujours. ;-) )

 

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