
Avec l’amour de la fantasy a grandi celui du fantastique : les légendes (bretonnes) m’invitaient à passer la frontière étroite séparant les deux genres. Je naviguais indifféremment du merveilleux au frisson, de l’éblouissante à l’inquiétante étrangeté, épinglant sur mes étagères les récits comme autant de papillons à l’éclatante lumière ou aux ombres terribles. Délaissant les fées, je scrutais les fantômes : êtres d’éther, ils exprimaient chacun un rapport aigu au temps, les premières l’instant présent cristallisé, l’éternité dans un corps frêle, les seconds la mort dans sa durée lancinante, le rappel incessant de la brièveté de la vie. Peu m’importait, finalement, que les brumes s’irisent ou se glacent, ces entités surnaturelles répondaient à mon besoin d’Autre, que cet au-delà soit celui du réel, de l’espace ou du temps.

L’adolescente a vu, à travers le fantastique, l’occasion d’éprouver ses [...]
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Anaïs, jeune femme au nom de parfum si vite enfui sur la langue, a été assassinée. Le narrateur, un journaliste désoeuvré, hanté par la mort d’une autre femme, décide d’enquêter auprès de ceux qui ont connu la jeune femme, non pas pour trouver son meurtrier, mais pour frôler sa vie, effleurer la réalité qui se cache derrière les faits divers, transformer le cliché en image réelle ( « je veux le voir pour de vrai, tel qu’il a été. Pas pour de faux. La fiction, ça va un moment : mais ça ne remplacera jamais le bon vieux réel. C’est lui qui fait les hommes, tels qu’ils sont, pas tels qu’on peut les créer. »), s’approprier cet effluve de vie insaisissable, cette « décrue des sons » qu’était la jeune fille.
Il lui faut pour cela trouver les voix qui sauront dire sa romance, le « pourquoi du comment de sa présence sur scène ». En cherchant les [...]
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J’évoquais ici et là la question de pérennité des classiques et de leur transmission. Ces deux belles transpositions de l’Iliade et de l’Odyssée d’Homère dans l’univers du conte africain auraient pu être les supports à ces quelques réflexions, jetées dans mes critiques, sur l’art et la manière de transmettre l’actualité, l’universalité du classique, dans une invitation riche d’émerveillement.
A l’origine de ce projet, deux auteurs imprégnés d’un cocktail de culture entre Europe et Afrique, et la volonté de faire découvrir le conte africain à travers la relecture de la mythologie grecque, de se servir d’une culture comme passerelle d’une autre et de montrer, à travers leur travail de rencontre (et non pas de choc) culturelle, la force du récit des origines.
Nos deux griots modernes nous invitent à jouer aux correspondances, transformant la Méditerranée en Djoliba, le grand fleuve Niger de l’Ouest africain, Troie en Tombouctou et Ithaque [...]
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« Fais attention, Sancho, à ne pas mâcher des deux côtés à la fois, et à n’éructer devant personne.
- Je n’entends pas, dit Sancho, ce mot d’éructer » (Cervantès, Don Quichotte, Partie II, chapitre XLIII ; citation liminaire du récit).
Et il va pourtant falloir l’entendre, cette éructation de Dachau, ce rot-rire corrosif, ce vomissement de paroles à la destinée incontrôlable !
Dachau Arbamafra est un anti-roman initiatique : on y suivra l’éducation et le destin ubuesque d’un enfant né au mépris de toutes les conventions sociales, porté comme un hématome par une « presque vieille », nommé contre la raison (« le mal absolu est intenable. [..] Le mal est voué au néant, Dachau ne pouvait pas durer. A peine avais-je entendu ce nom – on verra comment et par qui- que je décidai de m’en emparer, puisqu’on me le laissait à moi, abruti, nu et niais »), grandi à Thou (lui qui n’est rien) malgré les précautions prises pour [...]
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Je me suis plongée avec délices dans cette histoire de l’underground londonien depuis 1945 – mais, autant l’avouer, je partais séduite, en grande amoureuse de Londres où j’aurais aimé vivre dans les années 60-70, à défaut de pouvoir y habiter sous le règne de Victoria (ou dans la Vienne 1900, la Bavière de Ludwig II, Paris sous le Second Empire, la Rome d’Auguste ou d’Hadrien, Venise à l’époque de Vivaldi… pour ne citer que quelques autres fantasmes historiques)…
Ce livre touffu et bondissant saisit le moment où les ruines de la seconde guerre mondiale se transforment en laboratoire de la contre-culture, en véritable grouillement créatif qui pose les bases d’une grande partie de notre modernité. Tout y passe : l’émergence de la bohème londonienne, les Angry Young Men, l’apparition des Beatles/Rolling Stones/Clash/Sex Pistols/Pink Floyd/Queen/Genesis, les ramifications des mouvements hippie et punk et leurs curieux débouchés, les expérimentations stylistiques de Burroughs, Ginsberg, Dylan [...]
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C’est avec plaisir que je me suis plongée dans le deuxième livre de l’auteur d’Isabelle, à m’en disloquer. Ces nouvelles mordantes lui offrent un méchant pendant : foin d’amour créateur ici, mais une galerie de désirs inassouvis, de frustrations, de moments de bascule, de fantasmes déçus et de pulsions sans relais.
On est loin de la grâce d’un amour pur vécu à deux (à part, peut-être, dans cette belle photographie qu’est «blottis »): ici les personnages croqués, mordus sur le vif, trahissent, espèrent, subissent, rompent, se débattent dans les carcans de l’entreprise comme contre les images fantoches d’un amour transformé en épreuve grand-guignol par la société « moderne » – on gardera longtemps en mémoire ce portrait de l’amante en amatrice de Mike Brant, ce destructeur de boîte aux lettres, cette amatrice d’eau (froide) ou ce concours de la couverture de Libé…
Christophe Esnault esquisse au fusain une galerie de pitres magnifiques, aussi [...]
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Pourquoi et comment étudier la littérature ? Cette question est au cœur de ma vie –de lectrice, de professeur, d’apprentie critique. Je brasse quotidiennement « l’objet littérature » et m’interroge souvent sur les moyens d’un véritable partage : comment transmet-on l’expérience, le plaisir de la lecture ? Comment construit-on son intelligence de la langue et une vision personnelle de la culture ?
Jean-Marie Schaeffer – dont j’ai dévoré et copieusement annoté, étudiante, les essais, et plus particulièrement son Qu’est-ce qu’un genre littéraire ?- s’éloigne résolument de la tendance actuelle à la déploration : il n’est pas question ici de proclamer, comme d’autres, la mort de la littérature, des humanités ou de la lecture, mais bel et bien de s’interroger sur la crise de la transmission du fait littéraire, le conflit entre les pratiques créatrices réelles et l’enseignement, première source de leur transmission. Il s’éloigne ainsi d’analyses comme celle de Todorov, professeur en désespoir, qui, dans son essai [...]
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Le salon du livre a été pour moi l’occasion d’aller saluer certains petits éditeurs qui me tiennent à cœur (ainsi, Les Doigts dans la Prose, dont je critiquerai dans quelques jours le dernier opus) ou de découvrir les collections d’autres éditeurs.
En amatrice de littérature de voyage, j’apprécie le travail des éditions Transboréal, qui ont offert à la belle revue Chemins d’Etoiles un écrin et publient des Indiana Jones modernes à la plume bien trempée. J’étais curieuse de découvrir leur collection « petite philosophie du voyage », qui propose, sous une couverture élégante délicatement embossée, à des auteurs de quitter le rythme du récit pour mieux proposer une réflexion subjective sur certains aspects de leur pratique du voyage.
J’ai emporté avec moi deux volumes :


Serendipity : un mot à la texture fuyante, qui s’accrochait, dans mon esprit, à Sherlock Holmes. La sérendipité ou l’art de l’observation, de la déduction, le « don magique de faire des découvertes heureuses » (ainsi la découverte accidentelle de l’Amérique par Christophe Colomb ou l’invention inopinée de la pénicilline). Un mot sans racine, sans histoire, avant que je ne découvre le volume de contes qui lui a donné naissance.
La trame du conte en rappelle maintes autres : un roi cherche qui, parmi ses trois enfants, sera à même de lui succéder. Pour les départager, il les soumet à diverses épreuves pour tester leur sagacité. Ne parvenant à faire son choix, il les encourage à parcourir le vaste monde pour y faire leurs preuves. Mais, contrairement à nos contes européens, dans ces terres persanes, les trois frères resteront unis et, ignorant toute idée de concurrence, mettront en commun leurs talents intellectuels pour résoudre maintes [...]
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En voilà un curieux et beau livre ! Des morts et scènes étranges palpitent sous sa belle couverture aux éclats de souffre et de sang.
Rodolphe Trouilleux, auteur du fameux Paris secret et insolite et de nombreux autres ouvrages sur Paris (mon coup de cœur personnel allant à son Palais Royal), nous entraîne cette fois-ci dans un Paris hanté par les crimes, les fantômes et les diables. Des promenades dans les catacombes aux séances de spiritisme, de la destinée curieuse de la tête d’Henri IV aux écureuils de Berbiguier, de la « légende » de Biscornette à la folle des Abbesses, du culte d’Isis à l’impasse Satan, des cadavres en puzzle du quartier de la Chapelle à la miraculée de Sainte Marguerite, une géographie improbable se dessine, redoublant les rues familières d’une vie occulte.
Ces récits nous invitent à tremper notre regard quotidien dans l’encre du macabre, à faire frissonner le réel [...]
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