De Litteris

3-10-2012

Goodnight Houdini

Pierre Cendors - Editions Venus d’Ailleurs

Sur la couverture magenta s’étale une image tenant autant de l’affiche de cirque que du cabinet de curiosités ; sous ce portrait aux allures de fantasmagories (fantômes, éléphants roses, carnavals de citrouilles, canevas à déverrouiller, lettres & chiffres à oublier), un micro-texte, qui se déplie comme un masque, une nouvelle clef – à moins qu’il ne s’agisse d’un autre labyrinthe ?- à l’univers de Cendors.

Goodnight Houdini conte la naissance d’une illusion, d’une « lettre magique dans l’alphabet cosmique ». On y suit un enfant, résistant à la pression d’un nom – qu’est-ce qu’un nom, après tout, si ce n’est le fantasme projeté, par des parents, d’une existence à venir ? Pourquoi porter nom de page blanche, Ehrich Weiss, plutôt que la métamorphose du nom d’un autre ?-, refusant d’encercler d’une vérité absolue une identité fluctuante, qui fuit et se retrouve au Kansas, en pays d’Oz, terre de mages « compensant l’amère réalité ».

Peu importe que cet enfant soit amené à devenir magicien, spécialiste ès disparition : ce qui compte, c’est cette histoire fondatrice (« du grec histos « tissu trame » et du latin historia « suite d’évènements mémorables », c’est-à-dire que votre nom, chaque nom, serait une cellule vivante dans la texture de la mémoire collective »), cette fugue originelle, loin de l’obligation d’habiter une identité, nécessité que contournera l’enfant taciturne, se drapant dans l’identité fictionnelle d’un grand disparu, devenu, comme lui, magicien par le hasard d’un livre.

Ce qui importe, c’est cette voix qui surgit, interrogeant la nécessité de la nomination, confrontant l’homme à l’éternelle illusion qu’il incarne, dont lui seul porte la clé, le forçant à regarder dans le miroir qu’il se tend, pour effleurer, Alice imprécise, les merveilles de son être.

Houdini peut bien multiplier les prodiges (évasions spectaculaires, foules entières trompées avec ravissement, chasse aux faux voyants, lectures de pensée), sa vie n’est plus que l’accélération, la répétition de son numéro originel : la disparition dans une page, dans un récit, dans ces noms et prénoms aux initiales aspirées, H muets, échelles de la fiction auxquelles s’est menotté le personnage et dont il ne se dépêtre pas.

De cette écriture dense, où les mots sont miroirs trompeurs, alphabets cosmiques, Pierre Cendors fait donc émerger l’être fascinant de celui qui, pseudonyme d’un pseudonyme, incarne en lui seul le pouvoir d’illusion de la fiction.

Vous pouvez commander ce fascinant et bref opus directement sur le site de son éditeur (une maison intrigante que je compte explorer plus avant) ; Goodnight Houdini ouvre ainsi la porte M de la mystérieuse collection Pallas Hôtel.

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Un commentaire a déja été laissé

  1. Rémy Leboissetier a écrit le 9-3-2018 à 22 h 37 min :

    Merci beaucoup pour cette “notule” que je viens de découvrir. Cela fait chaud au cœur, étant créateur de cette collection. Je vous conseille également “Les miroirs empoisonnés”, une sélection de nouvelles de Milorad Pavic.

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