De Litteris

3-4-2012

Ici Londres !

Barry Miles - Traduit par Nicolas Guichard - Editions Payot/Rivages Rouge

Je me suis plongée avec délices dans cette histoire de l’underground londonien depuis 1945 – mais, autant l’avouer, je partais séduite, en grande amoureuse de Londres où j’aurais aimé vivre dans les années 60-70, à défaut de pouvoir y habiter sous le règne de Victoria (ou dans la Vienne 1900, la Bavière de Ludwig II, Paris sous le Second Empire, la Rome d’Auguste ou d’Hadrien, Venise à l’époque de Vivaldi… pour ne citer que quelques autres fantasmes historiques)…

Ce livre touffu et bondissant saisit le moment où les ruines de la seconde guerre mondiale se transforment en laboratoire de la contre-culture, en véritable grouillement créatif qui pose les bases d’une grande partie de notre modernité. Tout y passe : l’émergence de la bohème londonienne, les Angry Young Men, l’apparition des Beatles/Rolling Stones/Clash/Sex Pistols/Pink Floyd/Queen/Genesis, les ramifications des mouvements hippie et punk et leurs curieux débouchés, les expérimentations stylistiques de Burroughs, Ginsberg, Dylan Thomas, Moorcock et Ballard, la peinture de Bacon et Freud, la BD de Crumb, la naissance des premières performances artistiques et la mythification de certaines salles de concert comme le Albert Hall, la naissance de la psychogéographie selon Ian Sinclair et Peter Ackroyd, l’évolution du journalisme d’avant-garde et de l’humour anglais, la libération des mœurs, la drogue, les expériences « fashion » de Vivienne Westwood…

On se perd, parfois, dans la masse de noms cités et les ramifications qu’elle entraîne, mais c’est pour mieux se rendre compte du véritable bouillon d’expérimentations qu’est Londres à cette époque. Miles parvient avec brio à faire sentir l’émergence des différentes mouvances de la contre-culture et sa propre expérience – le chanceux ayant débarqué à Londres à 16 ans, dans les années 50, avec du Kerouac dans les poches et l’envie de bouffer de la culture et de la vie. Il nous fait sentir ô combien et pourquoi Londres était alors l’épicentre de l’avant-garde.

Un seul regret : où sont mes Kinks adorés dans tout cela ? Trop « pop »/mainstream au goût de Barry Miles ?

Ceci dit, si vous avez envie de traîner (par procuration) vos guêtres à Soho pendant ces quarante ans d’expérimentations où les idées et les tentatives de renouveler les modes de vie explosaient à chaque coin de rue (ou presque)… Dévorez ce pavé jubilatoire qui donne envie de hurler « god save the queen » à pleins poumons !

Dans la même collection, je vous recommande vivement la biographie de Tom Waits par Barney Harkins, dont je n’ai pas eu l’occasion de vous parler ici, bien qu’elle soit absolument excellente !


Image : photo personnelle d’une devanture de coiffeur, Portobello, Londres.

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