De Litteris

13-11-2011

Je suis la vieille dame du libraire

François Perche - Editions Paupières de Terre

C’est une voix sans réponse. On devine l’Autre, dans les interstices laissés par cette longue tirade qui s’essouffle, part, reflue, déroule, de paragraphes en paragraphes, en flux tendu, les jours qui s’enchaînent, s’étirent. C’est une voix sans ponctuation qui ressasse, une voix qui développe, par éclats, les infimes détails de son histoire, et qui révèle, par mots dérobés, l’intime, le passé voilé. C’est une voix-vague, qui creuse, inlassable, le texte, pour laisser apparaître, entre deux grains de texte, un portrait touchant.

C’est le portrait d’une vieille dame, confiante, tremblante, qui offre, par fragments nacrés, par éclats déjà recouverts par d’autres phrases, sa personnalité, dans les creux du quotidien, dans les hésitations, les tentatives timides de s’ouvrir, livre fané, à son libraire. Elle joue les maladroites ne sachant remettre en place les piles de leur radio autant que les engagées, réclamant leurs deux francs quotidiens pour une bonne cause ; les mélancoliques d’une jeunesse passée, qu’on devine séduisante, coquette, amante, aussi bien que les grand mères inquiètes du silence de leurs trop jeunes voisines. Dans ces déchirements, on lit le combat entre une vieillesse qui efface, qui estompe les contours de l’être et de ses possibles, et l’envie de s’affirmer vivante, vibrante, encore, de lutter contre l’indifférence, autre forme de la mort. Entre eux, on lit les sourires et les exaspérations d’un destinataire muet, envahi par un mélange ambigu de trivialité et d’intimité.

Et de ce va-et-vient qui conduit le lecteur de l’aube d’une vie à son point final, d’une voix quotidienne à une voix touchant au plus intime et au plus oublié, naît un texte superbe, émouvant, que l’on imagine volontiers mis en scène (et qu’il l’a été à de nombreuses reprises).

Une belle découverte – tant pour le texte, qu’il vous faut trouver chez des bouquinistes, que pour la maison d’édition, dont le travail de mise en valeur de l’oeuvre est de qualité.

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2 commentaires

  1. Centrino a écrit le 13-11-2011 à 13 h 14 min :

    Très joli portait d’une dame qu’on a envie de croiser chez son libraire, pour bavarder devant un boisson chaude, avec cet automne qui sonne à notre porte.
    Par contre le plus difficile va être de trouver le livre… Mais tout plaisir doit se mériter non ?…

    Merci pour tes coups de coeur et à bientôt !

  2. Julie Proust Tanguy a écrit le 13-11-2011 à 13 h 26 min :

    Si tu ne le trouves pas, je te le prête ! Je suis sûre que ce livre appréciera de faire un détour par Bruxelles ;-)

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