De Litteris

18-2-2011

Jeunesse sans dieu

Odön von Horváth - Traduit par Rémy Lambrechts - Editions Christian Bourgois (titre) - Hongrie

C’est un petit livre curieux et acerbe. On y découvre, sous les pensées quotidiennes d’un professeur d’histoire géographie (le narrateur), la montée du nazisme dans l’esprit d’une classe de collégien. Tout part d’une phrase raciste dans une copie : “Tous les nègres sont fourbes, lâches et fainéants.” Choqué, le professeur rappelle à l’élève qu’il parle là d’hommes et non d’une quelconque race inférieure. Rejeté par la classe et conseillé par le directeur, il décide de jouer le jeu de l’idéologie dominante, examinant avec détachement et cynisme la progression de la pensée hitlérienne dans son quotidien, jusqu’à ce qu’un événement terrible vienne bouleverser la classe qu’il encadre…

Ce court roman met en scène le dilemme d’un homme instruit pris dans un état fasciste : doit-il se conformer au système, afin de s’assurer sa survie matérielle, ou doit-il combattre pour ses idéaux ? Le thème est peut-être d’autant plus intéressant qu’on le vit à travers les yeux de quelqu’un d’éduqué certes, mais qui n’est pas brillant : bien qu’il devienne un modèle pour certains de ses élèves (mais c’est un choix « par défaut », et non lié à une admiration sincère), c’est un homme sans véritable relief, dont le style se caractérise par des phrases courtes, ramassées, facilement accessibles pour un large public, qui dut, à son époque, s’identifier facilement aux doutes rongeant le personnage.

Plus ambiguë est cette notion de « jeunesse sans dieu » : j’aime à voir dans cette notion de « dieu », plus qu’une référence à quelque religion, l’idée de foi, de repères, de valeurs liées à la vieille Europe. Si le narrateur semble malgré tout être en quête d’une quelconque transcendance et reconnaissance divine, le « dieu » du roman me semble avant tout symboliser les fondements d’une société qui s’écroule. Plus que Dieu, c’est la civilisation européenne qui s’écroule, et avec elle une certaine idée d’un homme cultivé, éclairé, cosmopolite (tel que le célèbre Stefan Zweig dans son bouleversant essai, Le monde d’hier).

Si le narrateur n’est pas l’archétype de cet européen, il en éprouve certaines aspirations et ne trouvera, comme son auteur, que la fuite et l’écriture comme solution pour contrer le régime nazi.

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