De Litteris

15-3-2011

La quête du désert – d’un rêve à la réalité

Eric Milet - Editions arthaud - France

Eric Milet est guide au Sahara. C’est donc en fin connaisseur du désert qu’il s’exprime, confrontant son expérience à celle, progressive, d’Albert, « voyageur/touriste » typique, en quête de désert (je devrais même dire : en quête DU Désert). Il s’amuse ainsi à démonter les clichés que la mentalité occidentale porte sur ces vastes étendues. Ni espace de liberté absolue, ni lieu ascétique de la rencontre et de révélation, ni mer de dunes infinies parsemée ça et là de ressourçantes oasis, ni pays de la soif, il nous offre le Sahara dans sa pure et rude réalité : une terre des hommes, aux paysages et climats mouvants, une réalité historique aussi bien que géologique.

A travers le personnage d’Albert, nous percevons combien les brochures touristiques dévaluent la notion de voyage : le touriste d’aujourd’hui veut du rêve, la réalisation de ses fantasmes d’enfant voulant jouer aux nomades. Il veut transformer toute marche dans le désert en une expérience physique et spirituelle : il s’agit d’aller jusqu’au bout de soi-même, de se confronter aux éléments et à la Nature pure et rude, de reconstruire son corps et son âme, en absorbant des images de papier glacé et en en créant d’autres pour pouvoir clamer « moi aussi j’ai vécu ! ». Le désert –comme l’océan, dont il semble le double inversé dans l’imaginaire occidental- devient un point d’accomplissement personnel : l’homme, en communion avec ses instincts et ses espoirs d’enfant, le vit comme une réalisation. Il y cherche la confrontation avec son rêve et refuse candidement tout ce qui s’écarterait du « baratin de bivouac » que son esprit a intégré comme seule image de ce que doit être le désert.

Il vaut mieux alors, comme Albert à la fin de l’ouvrage, accepter de se perdre, pour s’approprier la véritable expérience que semble offrir le désert : l’adaptation, perpétuelle, aux chemins aléatoires qu’il propose, ainsi que la reconnaissance de la précarité de sa beauté pour pouvoir, à son tour, enfin, y laisser sa trace.

Tout en dépoussiérant les clichés et nous instruisant sur l’histoire de ce lieu mythique, Milet se laisse aller à une écriture empreinte de poésie, qui nous véhicule allègrement entre regs, ergs, dunes et autres mots désertiques savoureux : méharées, Touaregs, tagoulmoust, oueds, Targui… Son style transforme le désert en espace géographique aussi bien que littéraire, éternel et séduisant.

A dévorer en attendant de se transformer soi-même en Albert, en quête de découverte et de compréhension du monde… en se munissant, si possible, de cartes (grandes absentes de ce bel ouvrage), pour mieux rêver et apprendre !

Quelques extraits pour achever de vous convaincre :

Il n’y a de véritable désert qu’au terme d’un espace à franchir, car il s’efface dès les premiers signes de permanence ; alors il fallait avancer, bouger sans cesse, ne pas s’installer, ne pas dormir. Rien ne devait s’établir dans cet amour naissant, nous entrerions par une porte et marcherions vers la sortie, entre-temps, tout ne serait qu’illusion. ”

“Dans le désert, le vent est contingent, il ne se contente pas de modeler le paysage, il est dans le paysage. Le Sahara n’est pas seulement un musée à ciel ouvert mais, définitivement, l’atelier même de l’artiste. Tout est dynamique et circulation, le vent balaye l’espace à grands coups de matière. L’imprévisible engendre l’improbabilité des structures.”

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