De Litteris

2-11-2012

Les conards de Rouen

Anonymes, Nicolas Dugord, Marc de Montifaud, Hervé Bréchet - Editions Les penchants du roseau

En voilà, un curieux livre aux pages ronflantes de gouaille et d’Histoire, au titre irrévérencieux et intrigant, à la langue verte et impitoyable, et au contenu débordant de liberté râleuse !

Mais qui sont les Conards de Rouen ? Ce sont des provocateurs, des braillards débridés qui, durant les jours gras, s’adonnaient plaisamment à la critique licencieuse, à l’insurrection mesurée, déversant joyeusement leurs moqueries contre les dignitaires et contre eux-mêmes, fervents défenseurs de la dive bouteille autant que de la parole libre, excessifs dans leur railleries fertiles et leurs ivres obscénités.

Des bouffons essentiels, bousculeurs de l’ordre établi, qui, sous couvert de carnaval, organisaient de grands tribunaux où l’on dénonçait, avec une verve impitoyable, les tromperies des époux,  les beuveries des bourgeois, les entourloupes des nobles, les dérives des régiments, les grossièretés des chrétiens, les gras doubles des ermites, les veuleries des puissants, les mesquineries des maquerelles, les folies de la justice, les abus des riches, les sottises des pauvres, les médisances sans sexe, les prêtres simoniaques, les âneries de la société et les obscénités du monde… avant de conclure par un banquet rougeoyant d’ivresse et de plaisir grossier ces grands rires de révolte.

Les Penchants du Roseau ressuscitent ici, à travers trois textes essentiels (un hommage-introduction d’Hervé Bréchet – au beau titre : Les étouffer, hommage leur rendra-, une introduction dix-neuvièmiste de Marc de Montifaud, et une compilation des voix de Conardie, réunie par le libraire Nicolas Dugord au XVIe siècle), ces voix étouffées par Richelieu, qui offrent un curieux miroir à notre époque – c’est qu’à les lire, dans la langue sinueuse et délectable du XVIe siècle, on a l’impression de découvrir un pré-Canard Enchaîné, tout aussi riche de jeux de mots, calembours & acidité que le nôtre…

Lire ces Conards de Rouen, c’est donc réapprendre avec eux à réformer les moeurs par le ridicule et à reprendre verbe rabelaisien (l’assemblée des Conards ne finissait-elle pas, après tout, par une lecture de Pantagruel ?) pour guérir les contradictions de la société à grands coups de facéties impertinentes.

Un classique oublié, à la vigueur & verdeur toutes modernes, à commander sur le site de l’éditeur.

Sortez Conards, sortez des cachez lieux,

Pour plus qu’antan faire de bien en mieux :

Laissez banquets, manger, boire et repos,

Pour plus qu’antan vous monstrer bons suppots,

Et affectez l’honneur de Conardie

Pour relever le bruit de Normendie !

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