De Litteris

8-5-2017

Sur la lecture en période d’écriture

photographe

Micro-coulisse, aujourd’hui encore, pour réserver les clapotis de mon clavier à mon manuscrit.

En période d’écriture, mon rythme de lecture ralentit – ce qui ne m’empêche pas de continuer à accumuler les livres « pour plus tard » sur la table de mon salon, à côté de mon lit, sur une chaise, bref, dans les endroits qui ne sont encore que raisonnablement envahis dans l’appartement-bibliothèque où les livres nous laissent, à mon mari et à moi-même, un peu de place pour vivre.

Ce n’est pas que j’ai peur de me laisser influencer par le style des auteurs que je pourrais lire pour penser à autre chose ; c’est tout simplement que mon cerveau ne se rend plus aussi disponible qu’il le faudrait pour apprécier pleinement ce que je lis. Je m’accorde des pauses choisies avec soin (des styles forts ou des auteurs que j’attends au tournant) mais, il faut bien l’avouer, mon manuscrit est toujours en arrière-plan de mes pensées et forme mon principal univers mental. Seules les lectures qui me permettraient de continuer à l’enrichir parviennent à rallier mon attention.

Ainsi, les derniers jours, j’ai lu par fragments ce très joli manga, La photographe (Kenichi Kiriki, chez Komikku). Le rythme est comparable au Gourmet Solitaire ou à l’Homme qui marche (tous deux de Taniguchi, chez Casterman): de petites histoires, où le temps ralentit pour laisser savourer des promenades psychogéographiques. On chemine ainsi avec une lycéenne inscrite au club photo de son établissement, qui parcourt Tokyo et sa banlieue, s’interroge sur l’esprit que porte chacun des quartiers ou sur leur évolution (on assiste ainsi à la fin de la construction de Tokyo Skytree), laisse ses états d’âme façonner le paysage qu’elle parcourt, s’approprie de nouvelles techniques photographiques, découvre l’histoire de temples qu’elle visite autant que celle de la photographie japonaise, apprivoise ses ambitions de chasseuse d’images et les compare à celles de ses camarades…

Chaque historiette est suivie d’un mot de l’auteur qui conte comment il a perçu, lui, sa propre promenade de repérage ; toutes les deux ou trois histoires, une double page agrémentée d’une carte permet de se rendre soi-même sur les lieux, pour prolonger le plaisir de l’errance.
C’est une lecture incroyablement reposante et nostalgique, quoique je ne connaisse pas – pas encore ! – certains des lieux visités ; c’est le souvenir des dernières semaines passées au Japon, à vivre accrochée à mon bien-aimé Pentax, qui reflue dans ma mémoire, sans doute. Le doux plaisir d’errer et de chercher comment capter la lumière ou la joie qui accompagne la découverte d’un lieu… Comme j’espère que mes photographies sauront vous toucher !

Ce manga aura donc bien apaisé mon esprit, ces derniers jours, lorsqu’il refusait de s’arrêter de réfléchir à l’agencement particulier de certaines idées, rebrodait sans cesse les mêmes phrases, s’inquiétait d’avoir oublié une notion ou se rappelait que tel mail était en souffrance et qu’il faudrait bien dégager quelques heures, dans la semaine, pour ce paquet de copies…

Si on laisse là ces considérations de prof scribouillarde obsédée par son travail, je vous recommande chaleureusement ce doux manga. Avis à tous ceux qui voudraient découvrir Tokyo sous un autre angle de vue…

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